mardi 3 janvier 2017

Gracias a la vida / suite entretien du vieil homme en maison de retraite

Autre visite à la maison de retraite.






























Mes anges dessinés la fois précédente sur les vitres ont eu grand succès. De nombreux pensionnaires les ont commentés et enviés.

UNE LEÇON DE VIE FORTE COMME UN SOUFFLET












L'homme à qui je rends visite s'exprime ainsi :

_ Le rapport aux autres :
Il a ceci d'insupportable qu'en ce lieu, on trouve naturel de privilégier la litanie, les pleurs chroniques autour de la perte des potentiels physiques et du deuil d'une pensée qui s'étiole par bribes.
Chacun rivalise dans une forme de glissement fatal vers la mort qui lentement vient à soi.

_ "Le niveau est bas".
Entendons (dit le vieil homme) qu'il ne s'agit pas de se sentir supérieur en intelligence si on se compare. C'est juste une question de concentration sur ce qui élève l'esprit... ou pas !... un peu comme on s'efforcerait de tenir sa tête hors de l'eau.
Les autres pour la plupart, oublient cette nécessité. Ils plongent ensemble et errent jusqu'à se perdre, nourris des bénéfices gagnés par leurs souffrances notaires inéluctables.
Ils n'ont plus qu'eux en eux. Ils sont "sans autres".

_ Ils ne pensent pas à accueillir la puissance de la vie. Ils se renferment dans "leur chez eux", cette chambre dans la maison de retraite, leur dernier lieu de vie octroyé. Alors que ...
La première chose est d'ouvrir la porte en grand.
La vie, on la reçoit par ces jeunes infirmières qui exercent chaque jour leur métier avec grâce et gentillesse assurant "le meilleur pour chacun, afin d'éviter ce qui serait le pire". On peut ainsi se caler dans une sorte de confort aux abris du mal.

_ Pas de présent, pas de passé, pas d'avenir...
La question de survie est animale.
L'individualisme rassemblé, compact en soi s'exerce à son comble parce que chacun meurt à sa place et donc vit exactement tel qu'il en fait les semailles.
Être absolument centré sur cet instant là:
Pas d'avant et aucun après. Juste une force inouïe centrée sur la saisie de ce qui est là.
_ On ne peut rien partager, pas même les souvenirs. Ceux-là défilent si on va les chercher et c'est la grande plaidoirie, avec jugements et tristesse d'avoir mal aimé les êtres chers disparus avant soi.
C'est triste et absurde puisqu'on regarde le passé avec son enseignement a posteriori qu'on aimerait avoir su avant d'apprendre ce que la vie nous dit désormais.

_ Que faisait-on hier à la même heure ?
Impossible de s'en rappeler parce que cette question n'a de toutes les façons aucun sens. Savoir le jour, le mois, l'année, l'heure n'a aucune espèce importance. Ce qui compte est la minute de plus, l'heure de plus, ici et là, où on aura vaincu une fois encore l'oubli sans doute, la disparition certainement, l'évanouissement du sentiment d'exister encore. Chaque instant extrêmement dense s'ajoute au précédent et l'efface.

_ C'est animal. C'est intime. C'est unique.
C'est l'ultime aventure épique qui ne peut ni se partager ni se raconter.
On est habité d'un effet de présence simple comme l'unité qui n'a de fonction possible que de se rajouter à une autre unité simple et unique. La densité du sentiment de vivre fort chaque seconde est absolue. Le corps est devenu rien que l'outil mais le plus précieux pour accompagner ce sentiment aigu de vivre un à un, pas à pas, la route de chaque jour sans nom.
La télévision même sans son c'est du réel de la vie à recevoir en bloc aussi, comme l'énergie permettant d'accompagner et nourrir cet attachement au jour de plus que personne n'aura à sa propre place.

_ "Question de niveau "... l'idée est de saisir sans cesse ce qui élève, ce qui maintient le regard sur la ligne d'horizon de la lumière de vivre. L'avance s'effectue rassemblé, tourné vers le meilleur parce que de manière certaine, il s'agit de l'unique façon d'éviter l'aspiration du pire.
Désormais, la question est de survivre de toutes ses forces, de sauver l'humain qui est soi, portant tout ce que l'on croit. C'est un rapport de dignité et d'amour qui ne peut se conjuguer qu'en mêlant haute prétention d'un orgueil d'être avec l'extrême humilité de se vivre en an tant que passant, en tant que locataire de la vie.
La vie ne m'avait donné plus grand coup de poing de son énergie qu'en provocant ces confidences d'une puissance vitale jamais envisagée.
... Gracias a la vida...



_ "Merci à la vie ( de Violetta Para )


Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle m'a donné deux étoiles qui, lorsque je les ouvre,
Me font parfaitement distinguer le noir du blanc
Et, dans les hauteurs du ciel, la voûte étoilée
Et, dans les multitudes, l'homme que j'aime
Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle m'a donné l'ouïe qui, dans toute sa portée,
Enregistre nuit et jour grillons et canaris,
Marteaux et turbines, aboiements et averses,
Et la voix si tendre de mon bien-aimé
Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle m'a donné le son et l'alphabet;
Et avec lui, les mots que je pense et déclare:
Mère, ami, frère et lumière éclairant
La route de l'âme de celui que j'aime
Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle m'a donné la marche de mes pieds fatigués;
Avec eux j'ai foulé villes et flaques d'eau,
Plages et déserts, montagnes et plaines,
Et ta maison, ta rue et ton patio
Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle m'a donné le coeur qui agite son cadre
Quand je regarde le fruit du cerveau humain,
Quand je regarde le bien si loin du mal,
Quand je regarde au fond de tes yeux clairs
Merci à la vie qui m'a tant donné
Elle m'a donné le rire et elle m'a donné les pleurs
Ainsi je distingue le bonheur de la détresse,
Les deux matériaux qui forment mon chant,
Et votre chant qui n'est autre que mon chant,
Et le chant de tous qui est mon propre chant
Merci à la vie qui m'a tant donné."

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