dimanche 25 octobre 2015

Quid des "méthodes de bonheur"

Se penser, d'après :

"Lecture de l'aventure de la Méthode"    D'Edgar Morin.

Prétendre produire une pensée qui tienne, envisager de se penser, d'exercer sa pensée, sans songer à s'éprouver dans le sens de se mettre à l'épreuve, ne me semble réalisable que sur la voie menant au royaume du Père Noël.


Plus grand humaniste pacifique que Edgar Morin, c'est impossible. 
Son ouvrage déliant une méthode de pensée en intelligence avec le vivant, est juste passionnant autant qu'émouvant.
Pour autant, force est de constater que nous errons sur les chemins d'Aristote certes, mais  qui isolent de la vie le penseur à l'ouvrage, lequel néanmoins de sa sphère isolé prétend mieux savoir que ceux qui s'y confrontent,  ce que vivre engendre, et comment ça marche.
On peut s'y reconnaître lorsqu'il écrit : 
_"Le temps a formé mon œuvre , et m'a formé et transformé. L'œuvre m'a imposé sa logique de vie, m'a imposé mon parcours de vie, lequel m'a imposé la vie de l'œuvre." 

 _ " La pensée complexe est l'antidote à l'incompréhension quand celle-ci se manifeste par la réduction d'autrui à son pire aspect, voire à sa désignation globalement comme  salaud".




Une "méthode", pour quoi faire ?

Construire la paix ? 
Une vie meilleure ?


Mieux vivre ensemble en harmonie avec soi ?

Être heureux enfin ? 
Bien des ouvrages passionnants analysent les fonctionnements de la nature humaine, la construction de la pensée complexe, les notions de subjectivité défiant la raison, les dédales de notre inconscient retord qui nous mènent là où ça nous dépasse, faisant de notre corps l'éclaireur qui ouvre nos chemins. Ainsi est-il admis que nos symptômes ont la fonction de témoins prenant le relais de l'impossible dire in fine lisible  dans notre posture face au monde ...

 Toutefois  peut-on  s'étonner que seul René Girard garde les yeux ouverts et pose en amont les données fondamentales de cette nature humaine qui toutes participent au réel de notre évolution :


" L'homme est un animal comme les autres. "

_ En premier il veut tout pour lui.

_ En deuxième il veut tuer quiconque aspirerait à lui prendre tout ou partie de l'objet de son désir.

_ En troisième, supputant une nature plutôt hostile, il se convainc de faire l'effort d'avoir à partager.

_ En quatrième les protagonistes accumulant tant de pulsions dévastatrices  via ce procédé tacite de survie obligatoire, ils finissent par se reconnaître dans un de leur semblable alors réduit à leur merci pour en faire le bouc émissaire  qu'ils s'accordent à sacrifier en vue  d'avoir à partager, moyennent ce "dégât collatéral" nécessaire et suffisant.



Hormis René Girard donc, ( je mets de côté les vendeurs de soupe version gourous) moult auteurs basculent, comme animés en cette période "de crise" du devoir in fine de rassembler les éléments d'analyses si justes et brillants souvent vers une pensée synthétique illuminée d'espoirs chimériques dilués. S'interroger n'est plus de mise.
Les réponses tombent en pluie comme solutions aux problèmes bien soulevés,  comme si le besoin de la vie s'en faisait sentir, comme s'il était nécessaire de recouvrir et d'empêcher l'évolution complexe du vivant qui est en nous...  alors que ça fait son chemin dans la nature qui nous habite, selon une logique précisément bien déclinée et éclairée par les dits auteurs.

Leurs ouvrages se concluent chaque fois  par " on doit" ou "on devra" faite ceci ou cela, "il n'y a plus qu'à", " il faudra".... " pour construire la paix" .... " pour construire un monde plus juste, meilleur et tout ça..."Pour être joyeux"...

Alors que....

Si on se situe à un endroit en l'état tous ensemble, c'est bien que nous passons par l'étape de la longue  voie de tous les hommes depuis la nuit des temps, tel que nous avons la responsabilité d'y porter tous nos pas, et ainsi marcher orientés vers ...

Oui il est passionnant de mettre du sens sur nos conflits paradoxaux entre construire et détruire, aimer et haïr, aspirer à la paix et mettre en œuvre des objets de conflits constamment, le tout en se racontant qu'on est bien supérieurs aux animaux, même si nous sommes de cette race qui peut tuer sans la moindre nécessité vitale.

Oui cela ouvre un champ de questionnements qui vaut la peine d'interroger moult disciplines pour comprendre comment ça marche l'édification des champs du plaisir et du déplaisir, l'installation des éléments de désir en chacun.
Nos dictionnaires sont les mêmes.
Mais les "mots-valises" ont tous un contenu singulier.

Tant que l'ensemble des hommes  ne sera envisagé que constitué d'un même bois aspirant à une même forme selon des procédés similaires, tant que l'autre ne sera pas considéré comme différent de soi, tant que si "méchants et destructeurs"  existent, cela ne peut jamais être soi mais toujours l'autre, tant que chacun se rêvera du bon côté acteur ou bien si basculé ne  se reconnaîtra qu'en tant que victime, alors les vipères du nid de conflits resteront particulièrement actives et reines d'un avenir commun mortifère .

Nous sommes passants...

Pourquoi toujours ce besoin de conclure, de clore, de délirer être  détenteur de la vérité pour tous, pouvant faire prétendre qu'un après soi opère le renouveau.

Entre tous qui depuis la nuit des temps interrogeons le monde et nous-mêmes situés là, nous n' avons affaire qu'à de " l'entre soi" désireux de comprendre un peu et de partager nos angles de vue "d'un certain point d'ouïe "comme le confesse Deleuze.
Ceci alors que l'immense majorité des hommes meurent de n'avoir su qu'ils disposaient d'une vie comme terrain à bâtir.


C. Cisinski




2 commentaires:

  1. J'apprécie ce croisement d'un raisonnement aigu et d'un foisonnement créatif. Deleuze est un grand penseur. En attendant, chacun de nous est le centre de l'univers, un projectile fou évoluant en spirales...

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  2. Certes Olöf. Mais je continuerai ultérieurement de poser le problème dans son entier qui est purement sociétal, dont certains malins font leur beurre en endossant la fonction de sauveur
    (sachant que même si je parle de Morin ici, je ne crois pas qu'il soit de cette veine là... Toutefois, il s'est positionné tel_ D'où l'article partant de ma lecture.). Chacun de nous est aussi son propre centre. Nous traversons une époque où la déconcentration est reine, car elle permet la division des êtres en leur for intérieur et ainsi paralyse t-elle les intelligences, les empêchant d'avancer, voire d'exister. La question n'est pas purement philosophique, mais viscéralement vitale. Les violions jouent toujours la partition "des droits de l'homme"... alors que la régression est telle que situés en amont, on en est revenu au droit de vivre, carrément.

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